Une fuite qui tombe à pic

Partie du Canard Enchaîné mercredi 20 mai, la fuite s’est vite répandue dans tous les médias : Renault se préparerait à fermer trois sites et à arrêter la production automobile dans son usine de Flins dans les Yvelines. Selon Le Canard, Renault emploierait également « 4000 personnes de trop en recherche et développement ». Un ballon d’essai lancé juste avant des annonces officielles prévues la semaine prochaine. Histoire de préparer les esprits au pire.

Bienvenue dans le monde d’après

La préparation de ces mesures date pourtant d’avant l’épidémie. Au début de l’année, la directrice par intérim de Renault, Clotilde Delbos, choisie pour succéder à Carlos Ghosn en fuite au Liban, avait affirmé n’avoir « aucun tabou » sur les fermetures d’usines.

Trois usines Renault seraient donc menacées de fermeture selon des sources internes auxquelles la presse a eu accès. Il s’agirait de Choisy-le-Roi dans le Val-de-Marne (260 salariés), de Dieppe dans la Seine-Maritime (385 salariés) et des Fonderies de Bretagne dans le Morbihan (380 salariés). Quant à Flins (2600 salariés Renault et des centaines d’intérimaires), Renault pourrait y stopper la production de la Zoé, tandis que Nissan envisagerait de relocaliser ailleurs la fabrication de la Micra.

Le gouvernement vient pourtant de garantir un prêt de 5 milliards d’euros à Renault. Mais celui-ci n’était conditionné qu’au non-versement des dividendes, pas au maintien des emplois ! Comble du cynisme, Renault a fait redémarrer Flins en pleine pandémie parmi les premières usines automobiles de montage en France. Les salariés travailleront aussi vendredi 22 mai et ne bénéficieront même pas du pont de l’Ascension.

On devrait connaitre la semaine prochaine la réalité de ces fuites tombées inopinément aux mains de la presse. Mercredi 27 mai, l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi donnera une conférence de presse et les détails de son plan « leader/follower » visant à augmenter les économies. Les trois constructeurs devraient se partager leurs activités de R&D et des zones géographiques de production, chacun devenant « leader » d’une technologie et d’une région. Gare aux doublons parmi les effectifs des « followers ».

Nissan annoncera les détails de son propre plan le 28 mai, alors que la fermeture des usines Nissan à Barcelone, où une grève a débuté, est déjà sur les rails. Enfin vendredi 29 mai, Renault présentera à son tour son plan d’au moins 2 milliards d’euros d’économie. Le patron de l’Ingénierie du groupe, Gilles Le Borgne, a déjà annoncé la délocalisation dans les pays à bas coûts d’une partie de la prestation faite en France. D’autres activités pourraient subir le même sort.

D’autres sites à l’étranger pourraient être aussi concernés. Renault a annoncé son intention de se retirer de Chine (sauf pour les véhicules utilitaires et électriques) ou de supprimer 400 des 3 200 postes de son usine de Novo Mesto en Slovénie. L’usine de Moscou en Russie, ou celle de Busan en Corée, verraient leurs capacités réduites.

Sauvons les emplois, pas le système

Ces fuites dans la presse révèlent qu’une attaque d’ampleur inégalée contre les salariés se prépare. La direction de Renault et le gouvernement croient pouvoir tabler sur le choc du Covid-19 et l’interdiction des rassemblements. Mais le déconfinement pourrait être aussi celui des luttes.

Il s’agit de refuser les lois du capitalisme qui nous entrainent de crise en crise dans le seul but de maintenir le pouvoir et les richesses d’une minorité de nantis. Les banques centrales sont prêtes à inonder les marchés financiers de milliers de milliards d’euros ou de dollars pour sauver le système capitalisme. Sauver le système « quoi qu’il en coute » pour les travailleurs : il n’en est pas question !

Les salariés de Renault ne sont pas les seuls dans le collimateur. Tout le secteur automobile (PSA, équipementiers, sous-traitants…) est visé. Idem dans l’Aéronautique ou le Commerce. Aucun secteur n’est à l’abri. Cela implique de ne pas se battre entreprise par entreprise, de ne pas accepter le chantage à l’emploi et de nouveaux accords de compétitivité censés préserver l’emploi. C’est un mouvement d’ensemble que les travailleurs devront engager pour empêcher ces sites de fermer et pour maintenir tous les emplois. Pour que le monde d’après ne ressemble pas à celui d’avant, en pire.

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