Renault Lardy : sous la « compétitivité », la grogne

Chez Renault, depuis le « plan de compétitivité » signé en mars 2013 par une brochette de syndicats (CDFT, CFE-CGC et FO) malgré une série de journées de grève, les mesures se succèdent. Dans le cadre des 8 600 suppressions d’emplois prévues, les centres techniques sont cette fois largement touchés (2 500 emplois en moins) : dans la région parisienne, fermeture du site de Rueil et transfert des salariés sur celui de Guyancourt avec au passage nombre de disparitions de postes ; incitation aux « départs volontaires » du style « il n’y a plus d’avenir pour toi ici, tu ferais mieux de partir » ou, plus en douceur, « ton poste n’est plus coeur de métier, cherche toi-même un autre poste ». Et, comme partout, c’est le blocage des salaires : gel en 2013, 0,5 % d’augmentation en 2014.

renault_lardy_2Malgré un climat d’inquiétude générale dans les centres techniques, entretenu par ces restructurations et les menaces de sous-traiter les activités dites « non coeur de métier », le site d’ingénierie de Lardy (1 500 salariés Renault et 500 prestataires environ) a connu ces derniers mois plusieurs luttes en riposte à des mesures ponctuelles ciblant un secteur ou un autre. Des luttes partielles, donc, mais qui ont montré une combativité et une solidarité rarement vues parmi des catégories de personnel jusque-là peu habituées à la mobilisation.

Grève pour une prime de mission

En avril 2013, c’était la remise en cause du remboursement au forfait des missions de mise au point des véhicules en grand froid (nord de la Suède) ou chaud et altitude (sud de l’Espagne) qui faisait réagir. Ce remboursement au forfait permettait aux salariés de bénéficier d’une sorte de prime de mission, que la direction voulait faire sauter en imposant un remboursement uniquement sur facture. Les salariés concernés créaient un collectif, soutenu par des syndicats. Une demi-journée de grève rassemblait plus de 90 salariés (dont au moins une vingtaine d’ingénieurs) menaçant de bloquer le départ de certaines missions. La direction a dû reculer et accorder une prime de 55 euros bruts par jour. Elle n’est prévue que pour deux ans, mais a été ressentie comme une victoire par les salariés mobilisés.

Coup de colère contre un licenciement

Fin 2013, c’est le projet de licenciement d’un technicien qui a fait réagir. Sur la base d’un dossier à charge monté par sa hiérarchie, la direction voulait le licencier pour « insuffisance professionnelle » à 50 ans, dont 25 à Renault Lardy. La veille des vacances de Noël, 250 salariés se retrouvaient, à l’appel des syndicats, sous les fenêtres de la direction pour exiger le retrait de la menace. Surprise, la direction accordait un « sursis ». Mais le nombre de manifestants (un pourcentage important de salariés était déjà parti en congés) et la colère qui s’était exprimée lui avaient bien fait sentir qu’un licenciement pouvait mettre le feu aux poudres. Début janvier, la direction retirait sa menace même si, pour sauver la face, elle imposait en échange au salarié une mutation sur un autre site, au Technocentre de Guyancourt.

Luttes chez les prestataires

Du côté des entreprises sous-traitantes, en décembre 2013, les salariés chargés de la logistique ont fait grève pendant une semaine lors du changement de l’entreprise de prestation dont ils dépendent. Ils ont obtenu la reprise par le nouvel employeur de tous ceux qui le souhaitaient aux mêmes conditions de salaire et des primes de départ pour ceux qui voulaient partir.

Depuis quelques semaines, ce sont des techniciens et ingénieurs d’AKKA (chargés de la validation de certaines parties des véhicules) qui se mobilisent contre la suppression d’indemnités de déplacement et de repas qui constituent en fait une forme de salaire déguisé, puisque la conséquence serait une baisse de rémunération de 30 % ! Plusieurs débrayages ont déjà eu lieu, dont un avec le personnel Renault qui réclame de son côté des augmentations de salaire à l’occasion des NAO (Négociations Annuelles Obligatoires).

Dans les deux cas, les prestataires mobilisés s’adressent aux salariés Renault et à ceux des autres entreprises sous-traitantes par le biais de tracts ou de collectes de solidarité, ce qui participe à créer une certaine ambiance de lutte sur le site.

 

Ce ne sont là que des réactions ponctuelles, pas à la hauteur de ce que les attaques générales de la direction de Renault mériteraient, mais elles étaient jusqu’ici peu fréquentes dans les centres d’ingénierie. Elles montrent que, sous l’éteignoir des mesures de « compétitivité », le feu couve.

 

Article paru dans le n° 92 de Convergences Révolutionnaires (mars 2014)

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