Renault accroît la pression sur ses usines françaises

Les coûts et la productivité des sites espagnols sont montrés en exemple au cours des négociations

Sur la question de la compétitivité de ses usines en France, Renault est parvenu à faire monter la pression auprès des salariés sans trop abattre ses cartes. Mais, alors que se tient ce mardi une deuxième réunion de négociation avec les syndicats, la direction va devoir sortir du bois si elle veut conclure un accord d’ici à la fin janvier.

Jusqu’à présent, au cours de six séances de discussion et d’un premier round de négociation, le constructeur a exposé des données chiffrées (coûts salariaux, temps de travail, temps de production par véhicule) visant à comparer la productivité des sites français à celle d’autres sites du groupe en Europe. «Même si la direction n’a encore rien demandé explicitement, il ne faut pas être devin pour voir où elle veut en venir. On sent bien qu’en nous présentant une situation défavorable en France, l’objectif est d’arriver à des efforts conséquents sur les salaires, le temps de
travail ou la flexibilité du travail», souligne un syndicaliste.

«Les sites espagnols sont mis en avant avec insistance, de même que le site britannique de Nissan», poursuit-il. Et pour cause, ce sont des sites où, selon la direction, on travaille plus qu’en France, à un coût inférieur. D’après un document de travail diffusé par Les Échos , les salariés des usines de Flins et de Sandouville coûtent chacun quelque 50.000 euros par an, charges comprises, contre environ 35.000 euros pour les sites de Palencia et de Valladolid.

« Du chantage »

Carlos Tavares, le numéro deux de Renault, avait annoncé la couleur fin septembre en demandant «aux usines françaises d’atteindre rapidement le niveau des meilleures usines européennes du groupe, celle de Nissan à Sunderland, en Grande-Bretagne, et de Renault à Palencia, Espagne, en matière de qualité, de coûts et de délais».

La pression augmente d’autant plus que les syndicats espagnols, dans un contexte de crise particulièrement violent dans le pays, vont signer ce mardi un accord de compétitivité sur la période 2014-2016 qui va encore accroître l’écart avec la France. Ils acceptent une augmentation du temps de travail annuel de 1 à 3 journées, une diminution de 27,5 % des salaires des nouveaux employés en CDD de 18 mois, une production 7 jours sur 7, et une réduction des primes pour la nuit et les samedis. En contrepartie, 800 intérimaires passeront en CDI et 942 salariés seront embauchés en CDD. L’usine de Nissan, allié de Renault, à Sunderland sert aussi d’aiguillon. Le japonais y a produit 480.000 voitures avec 5500 salariés en 2011. Sur la même période, les cinq principales usines de Renault en France ont fabriqué 643.000 véhicules avec 14.300 salariés, a rappelé la direction. Renault, qui semble vouloir écarter toute fermeture de site en France, conditionne l’attribution de ses futurs modèles à la signature d’un accord satisfaisant. «C’est clairement du chantage», dénonce la CGT.

«Si on n’améliore pas notre compétitivité en France, dans dix ans, nous aurons un problème gravissime», estimait récemment Carlos Tavares. Renault part en effet du principe, que la dégradation du marché européen est durable. En France, Renault a réduit sa production de 23,6 % au troisième trimestre par rapport à la même période en 2011. Plusieurs sites tournent à peine à la moitié de leurs possibilités, selon les syndicats.

 

Le Figaro – 12 novembre 2012

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