l’étincelle du 5 novembre 2019

Le climat (social) se réchauffe

D’Alger à Santiago du Chili, de Port-au-Prince à Hongkong, de Beyrouth à Panama, d’un continent à l’autre souffle un vent de révolte. La détermination de millions de manifestants est immense. Les mobilisations perdurent, malgré les répressions policières et militaires. C’est que l’enjeu est fondamental : la chute de tous les systèmes en place, y compris ces prétendues démocraties qui infligent leur dictature aux pauvres. De quoi faire écho ici-même, où fermentent les mêmes colères et les mêmes aspirations.

A chaque fois, il aura fallu un événement déclencheur. Au Liban, ce sont les nouvelles taxes, dont celle de 18 centimes d’euros sur les appels de la messagerie WhatsApp. Au Chili, c’est l’augmentation du prix du ticket de métro de Santiago de 30 pesos (4 centimes). En Haïti, en Équateur ou au Liban, pénuries ou augmentations du prix de l’essence ont mis le feu.

Causes communes

Mais ces mouvements ne s’arrêtent pas là. Ils dénoncent un monde et des régimes de plus en plus durs pour les pauvres et les exploités. Au Liban, cela fait des années qu’on manifeste contre les coupures d’électricité ou la crise de la collecte d’ordures. En Irak, dès 2015, en pleine guerre civile, on manifestait déjà pour l’existence de services publics. Au Chili, santé et éducation sont hors de prix.

Car les inégalités sont devenues insupportables. À l’image de ces 26 milliardaires possédant autant de richesses que la moitié de la population mondiale. Au Chili, le pays le plus inégalitaire de l’OCDE (le club des pays dits « développés »), 5 familles détiennent 25 % de la richesse du pays. Le président chilien Piñera fait partie des milliardaires qui ont fait fortune pendant la dictature de Pinochet.

A chaque fois, c’est remarquable, on constate un haut degré de conscience politique. Au Liban et en Irak, les manifestants dénoncent le système confessionnel, qui fait que la population est mise à la remorque des notables de chaque communauté religieuse. Lors de l’énorme manifestation du 1er novembre, jour de la fête de l’indépendance de l’Algérie, les algériens ont réclamé une « nouvelle indépendance », car la première a été confisquée par les cliques au pouvoir.

Au Chili, les manifestants scandent « ce ne sont pas 30 pesos, ce sont 30 ans », s’opposant aux 30 années de politiques anti-ouvrière qui ont continué après la fin du régime militaire de Pinochet. Le soulèvement a pris une autre dimension à partir de la grève générale et des manifestations massives. Il est dès lors difficile pour le pouvoir d’affronter frontalement des millions de travailleurs qui prennent parti pour la jeunesse révoltée.

Les travailleurs, par la puissance qu’ils représentent quand ils se mettent en lutte et qu’ils s’organisent, peuvent en effet transformer ces révoltes en véritables révolutions.

Le cinq, reçu cinq sur cinq

En France, nous n’en sommes pas là. Mais le mouvement des gilets jaunes est lui aussi parti d’une étincelle (le prix du carburant) et a remis en cause la baisse du niveau de vie de la population, l’accroissement des inégalités et la petite clique arrogante au pouvoir bien à l’image de la grande bourgeoisie dont elle défend les intérêts.

Le gouvernement a poursuivi sa politique en faveur des plus riches, notamment avec la réforme des retraites et la baisse des indemnités de chômage intervenue le 1er novembre. Mais le mouvement au long cours dans les hôpitaux, et la surprise de la  grève massive dans le métro parisien, du « droit de retrait » tout aussi massif et des grèves récentes à la SNCF, montrent que les ferments de la colère pourraient bien gagner l’ensemble des travailleurs.

Le 5 décembre prochain, plusieurs confédérations syndicales et des gilets jaunes appellent à une journée de grève contre la réforme des retraites. À nous d’en faire le point de départ d’une vaste riposte, à l’exemple des révoltés du monde entier.

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