l’étincelle du 16 décembre 2019

Delevoye, 72 ans, 14 boulots

Jean-Paul Delevoye, grand architecte de la nouvelle loi sur les retraites, vient d’être pris la main dans le pot de confiture. Il a « oublié » de mentionner ses 13 mandats dans diverses associations au moment où il a pris ses fonctions de ministre. Ses petites activités lui rapportaient encore la semaine dernière autour de 6 000 € par mois, ce n’était sans doute pas assez pour qu’il s’en souvienne.

Mais Delevoye a décidément la mémoire qui flanche. Il a aussi omis de dire qu’il était en lien direct avec les assureurs privés à travers un institut de formation. De l’aveu même d’un assureur : « les liens avec Jean-Paul Delevoye sont précieux notamment parce que l’ensemble du secteur est très intéressé par la réforme ». Tiens donc ?

Le merveilleux régime universel par points intéresse effectivement au plus haut point les requins qui voudraient croquer dans le gâteau des retraites. Tous les grands patrons sont des soutiens fermes du projet car ils savent que la loi va provoquer une baisse généralisée des pensions, un recul de l’âge de départ à la retraite et ouvrir le champ à la retraite par capitalisation. Ce qu’expose l’affaire Delevoye, c’est le lien étroit entre le gouvernement et les sphères patronales. Et ce ne sont pas les déclarations du premier ministre qui nous démontrent le contraire.

Oui Oui au pays du MEDEF

Dans son allocution de mercredi dernier, le premier ministre a démontré qu’il tenait vraiment à casser le système des retraites. En guise de « simplification », tout en disant que les générations avant 1975 ne rentraient pas dans le nouveau système, il annonçait qu’elles auraient droit à la décote à partir de 2022. Autrement dit que l’âge de la retraite reculerait à partir de 2022. En fait, tout le monde aura rapidement droit à l’âge pivot de 64 ans.

Pour les formules vaseuses, on a été servi. Le gouvernement « va revaloriser les enseignants », sera « très attentif aux aides-soignantes », « a entendu les légitimes inquiétudes des professions libérales », etc. En d’autres termes, il promet du vent. Car en dehors des militaires, de la police et des sénateurs qui garderont leurs régimes spéciaux, tous les autres y perdront.

Même le minimum retraites à 1 000 € est un rideau de fumée. La loi de 2003 (notre bon Delevoye était déjà ministre) promettait exactement la même chose et cela n’a jamais été appliqué. Rappelons en passant que 1 000 €, c’est en dessous du seuil de pauvreté. Merci Macron !

Et quand le gouvernement dit « le point ne baissera pas » il faut entendre l’inverse. Edouard Philippe a été clair : les dépenses liées aux retraites seront fixes, le nombre de retraités augmentera et donc les pensions baisseront. La plus grosse arnaque est d’ailleurs dans ce dernier point, le fameux « équilibre » des régimes. Car dans tous ses raisonnements le gouvernement fait comme si le chômage n’allait jamais baisser, comme si les cadeaux au patronat pouvaient continuer à pleuvoir et comme si les salariés allaient continuer à se faire tondre sans rien dire. Ce n’est pas pour rien que les grèves lui donnent des sueurs froides.

Bras de fer

Après les annonces gouvernementales, même les syndicats les plus proches du pouvoir ont crié au scandale sur la question de l’âge pivot et appelé à se mobiliser mardi 17 décembre. Mais les cheminots, les agents de la RATP, les hospitaliers ou les enseignants n’ont pas attendu leur feu vert. Depuis plus de dix jours, on assiste à une grève massive de la SNCF et de la RATP qui pose la question de la grève à l’ensemble du monde du travail.

De nombreux secteurs, y compris du privé, se joindront aux manifestations de mardi prochain. Il faudra profiter de cet élan pour renforcer la grève, au-delà du 17 décembre. L’étendre partout où c’est possible. D’ores et déjà les secteurs en lutte organisent des assemblées générales, des comités de grève, des liens entre secteurs. C’est de cette façon que les grévistes pourront devenir maîtres de leur mouvement. Au monde du travail, à nous tous, de remporter le bras de fer social et politique contre Macron et son monde.

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