Foot-business is business

On doit le reconnaître : la justice américaine a un sacré sens de la mise en scène. Les quatorze arrestations à la veille du congrès de la Fifa ont donné du piment à des révélations pour le moins éventées. On le savait : le foot-business est un panier de crabes corrompus. Mais la démission du parrain Sepp Blatter, quelques jours après sa réélection triomphale, a permis au feuilleton de continuer.

Petits arrangements entre amis

Les révélations de Chuck Blazer, une « taupe » du FBI, ont alimenté l’enquête. Ce millionnaire de 70 ans, ancien patron de la branche Amériques de la Fifa, a acheté un appartement luxueux de la « Trump Tower » sur la cinquième avenue de Manhattan… juste pour loger ses chats. Rattrapé par le fisc américain car il avait « oublié » de payer ses impôts, il a évité les ennuis en balançant ses petits copains.

Ce sont des individus comme Blazer qui dirigent la Fifa. Cette « association à but non lucratif », dont l’objectif est d’« améliorer le football et le diffuser dans le monde », verse deux millions d’euros par an aux Îles Caïmans, un paradis fiscal d’à peine 45 000 habitants, qui a bien besoin de ça pour entretenir ses quelques terrains de foot. Un exemple parmi beaucoup d’autres, puisque le budget de la Fifa est de cinq milliards par an.

La procédure de désignation des pays organisateurs des coupes du monde est dans le viseur de la justice américaine. L’Afrique du Sud aurait versé 10 millions de dollars de pots de vin au délégué de la petite fédération de Trinidad-et-Tobago pour obtenir l’édition 2010. Même type de soupçons pour la France, l’Allemagne, la Russie ou le Qatar.

Aux innocents les mains pleines

Que des valises de billets changent de main lors de ces désignations opaques, c’est la loi du genre. Les sommes versées pour graisser la patte de petits patrons d’obscures fédérations de football ne sont pourtant que de la menue monnaie comparées aux affaires bien légales des grands capitalistes.

L’organisation de la coupe du monde en Afrique du Sud a rapporté deux milliards de dollars à la Fifa, et des sommes gigantesques aux multinationales du BTP et aux sponsors comme Coca-cola, Nike ou Adidas. Mais elle a coûté plus de quatre milliards à l’État Sud-africain, sans aucun bénéfice pour les travailleurs, chômeurs et jeunes des ghettos noirs de ce pays.

Ce n’est pas le pillage des caisses d’un État pauvre pour enrichir les multinationales qui a ému Loretta Lynch, la Garde des Sceaux américaine qui coordonne l’enquête contre la FIFA. La chef de cette opération « mains propres » a longtemps été l’avocate de Wall Street avant d’être nommée procureur chargée de poursuivre en justice les banques responsables de la crise financière de 2008. Elle a été particulièrement clémente envers ses anciens clients, qui s’en sont sortis avec de faibles amendes. Si les cadres corrompus de la Fifa avaient été des banquiers de Wall Street, ils n’auraient même pas été inquiétés.

L’envers du décor

La pratique du foot mobilise des centaines de milliers de bénévoles dans le monde entier qui apprennent ce sport collectif à des millions d’enfants. Mais comme le dit Romario, ancien attaquant de pointe de la sélection brésilienne : « Notre football est sucé par des dirigeants qui restent dans leurs tribunes de luxe en trinquant aux millions qui rentrent sur leur compte bancaire ».

Depuis 2010, plus de 1200 ouvriers indiens ou népalais sont morts sur les chantiers de construction des stades du Qatar.

C’est de leur exploitation, comme de celle de tous les salariés, que viennent les profits des multinationales qui raflent les contrats des grands événements sportifs organisés par des institutions comme la Fifa. Que ces profits soient partagés entre les actionnaires et leurs serviteurs par les circuits légaux de la finance ou ceux, occultes, de la corruption, leur origine est la même : l’exploitation capitaliste. Voilà le scandale auquel il est temps de mettre fin.

 

Éditorial des bulletins d’entreprise du 8 juin 2015

 

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