À faire la roue devant les patrons, Lepaon y perd des plumes

Après le coût de la rénovation de son appartement (105 000 €, plus 45 000 € de mobilier) et de son bureau à Montreuil (62 000 €), Thierry Lepaon aurait donc touché 31 000 € d’indemnités de l’Union CGT de Basse-Normandie, lorsqu’il l’a quittée pour devenir le leader national de la CGT en mars 2013.

Pour la majorité des salariés, des chômeurs ou des retraités aux prises à des fins de mois difficiles, ces révélations ont de quoi choquer. Pour de nombreux syndiqués et militants CGT au salaire et à la carrière bloqués à cause de leur engagement syndical, ou qui subissent la répression, il y a de quoi se sentir floué.

Les fausses indignations politiciennes

Mais quand un Manuel Valls en profite pour réclamer « l’exemplarité à tous les niveaux », il ferait mieux de balayer devant sa porte. Le chef du gouvernement « pro-business » déclare être propriétaire d’un modeste F2 à Paris, alors que son appartement ferait plus de 200 m2 et vaudrait dans les 2 millions d’euros. Et des scandales financiers il en a connu d’autres, et d’une tout autre ampleur, avec les amis qu’il avait choisis comme ministres. Comme en ont connu avant lui les gouvernements de droite.

Thierry Lepaon est même battu à plate couture par Marine Le Pen, la pourfendeuse des élites qui dispose d’une villa à Saint-Cloud (magnifique domaine de 5 000 m²), d’une maison près de Perpignan, de la maison familiale de La Trinité-sur-Mer et d’un appartement (qu’elle loue) à Hénin-Beaumont.

À force de singer ceux qu’il fréquente

Hollande_Gattaz_LepaonA côté d’eux, Thierry Lepaon est décidément un petit joueur. Et bien plus petit encore comparé aux commanditaires de tous ces gens-là : les grands patrons. Les petits privilèges d’un bureaucrate ne valent rien au regard des 16,6 millions annuels d’euros d’Arnaud Lagardère, des 9,7 millions d’euros de Carlos Ghosn, et même de la « modeste » paye du patron du MEDEF, Pierre Gattaz, qui a touché 420 000 € en 2013 en tant que PDG de Radiall.

Et tous ceux-là ont bien profité d’avoir à la tête de la CGT, comme des autres centrales syndicales, des « syndicalistes de dialogue », passant leur temps avec eux autour des tables de négociations, et prêts à signer des compromis sur le dos des travailleurs.

L’ancien ouvrier de Moulinex n’a fait que singer ceux qu’il côtoie dans ces sommets sociaux, plus préoccupé de ses cravates et du design de son bureau que de la lutte de classe.

Une campagne peut en cacher une autre

Partira, partira pas ? L’avenir de Lepaon à la tête de la CGT est encore en suspens. Mais pour bon nombre de militants CGT de base, il est désormais clair qu’il ne les représente pas. Pire, que ses petites affaires sont un coup d’épée dans leur dos.

Car, pour tous les ennemis des travailleurs, c’est l’occasion de mener une campagne médiatique contre les syndicats.

Une campagne qui sert les intérêts du patronat, à l’heure où celui-ci réclame de « libérer les entreprises », de déréglementer le droit du travail, d’en finir avec les 35 heures, de banaliser le travail le dimanche et… de réduire les droits syndicaux dans les entreprises, comme c’est le cas dans les négociations actuelles entre le MEDEF et les syndicats sur la « modernisation du dialogue social ».

La pire des démissions

« Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat », avait déclaré Thierry Lepaon à la presse en février 2013. Mais le patronat en réclame bien plus. Tendez-lui la main, il vous mangera le bras…

Alors que Lepaon démissionne ou pas, qu’il soit ou pas débarqué, n’est qu’une question annexe. L’essentiel est de savoir si la direction de la CGT continuera, avec ou sans lui, à démissionner face au combat à mener contre le patronat. L’essentiel est d’en finir avec la politique des hautes sphères syndicales de « dialogue social » et d’accompagnement des reculs sociaux, et de reprendre le chemin des luttes. Et si le signal ne vient pas d’en haut, les militants de base des syndicats et les travailleurs peuvent toujours s’en passer.

 

Éditorial des bulletins d’entreprise du 8 décembre 2014

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