Face à l’afflux de démagogie

Le gouvernement de Merkel, qui se posait en exemple de générosité en Europe, vient de rétablir les contrôles à la frontière avec l’Autriche, sous prétexte que certaines villes seraient « débordées ». En réalité, il ne s’agit que d’un geste politicien minable vis-à-vis de la droite de son parti et un sordide marchandage sur la répartition de l’accueil avec le reste des gouvernements européens.

Leur hypocrisie

Organiser l’accueil de centaines de milliers de réfugiés, immédiatement, ce n’est qu’une question de moyens. En d’autres temps les pays les plus riches de l’Europe comme l’Allemagne, lors de la réunification par exemple, ou la France lors de l’accueil du million de Pieds-Noirs rapatriés d’Algérie, ont su mettre en oeuvre très rapidement de telles structures d’accueil et d’intégration.

La palme de l’hypocrisie revient à Hollande. Que propose-t-il ? Accueillir en France à peine 24 000 réfugiés sur deux ans, tout en envisageant de larguer des bombes sur la Syrie ! On est loin de la soidisante « invasion » fantasmée par Le Pen. Hollande a même osé reprendre cet été les accents religieux de Bush, en évoquant l’offensive du Bien contre le Mal, en une nouvelle croisade calamiteuse. On sait pourtant que ces frappes aériennes, aux côtés de l’aviation américaine, sont les premières responsables de l’essor de l’État islamique en Irak. Sans parler des milliers de victimes de ces bombardements, qui ne peuvent que jeter toujours plus de réfugiés sur les routes.

Pas assez d’emplois et de logements pour tous ?

Certains travailleurs se disent qu’il y a trop de chômage en France pour pouvoir accueillir les réfugiés. Mais est-ce en les repoussant, en les considérant comme des concurrents, que nous allons faire baisser le chômage et obtenir des logements corrects ? Les licencieurs se frotteront simplement les mains de nous voir ainsi divisés, en concurrence. Quand les patrons licencient, ce n’est pas parce que l’économie ne fournit pas assez d’emplois. C’est pour surexploiter ceux qu’ils gardent et faire exploser les dividendes de leurs actionnaires.

Le chômage et la crise du logement ne sont pas une fatalité économique. Ce sont le résultat de la guerre de classe menée par la bourgeoisie contre l’ensemble des travailleurs, avec ou sans papiers. Les emplois à pourvoir, ce n’est pas ce qui manque, dans les hôpitaux, les écoles, les bureaux de postes, les transports, dans les usines où la charge de travail est de plus en plus insupportable. Il y aurait de quoi partager le travail entre tous, lancer un vaste plan de construction de logements, en prenant sur les profits et toutes les subventions versées au grand patronat. Comment l’imposer ? C’est une affaire de rapport de force, un problème politique.

Notre solidarité, notre force

Nous avons tout intérêt à témoigner notre solidarité envers les migrants. Ils peuvent être nos prochains alliés dans les luttes contre le chômage et les bas salaires, pour la justice sociale. Refusons de nous laisser diviser par des frontières et des préjugés. Notre intérêt commun est de nous battre ensemble face au patronat et aux gouvernements qui répandent chômage, guerre et misère aux quatre coins du monde.

Les réfugiés qui fuient la guerre ou la misère sont nos alliés pour renverser toutes les dictatures qui oppriment les peuples.

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont défilé ce week-end à Londres, Copenhague, Madrid, Stockholm et d’autres grandes villes d’Europe pour affirmer leur soutien aux réfugiés. « Refugees Welcome », « Ouvrez les frontières » pouvait-on lire sur les banderoles. Les vraies frontières sont entre les opprimés et leurs exploiteurs. Ne laissons pas se reconstruire un nouveau mur de Berlin entre les travailleurs d’Europe et ceux du reste du monde.

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Éditorial des bulletins d’entreprise du 14 septembre 2015

 

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