Covid et poches pleines

Après Pfizer et BioNTech, c’est au tour de Moderna d’annoncer par communiqué de presse avoir trouvé un vaccin contre le Covid-19. Qu’importe si les phases de test ne sont pas terminées. C’est maintenant que les Etats passent commande et des milliards de profits sont en jeu. Surtout que d’autres laboratoires sont dans la course et espèrent bien monter sur le podium. Ces annonces peuvent faire espérer un moyen de vaincre la pandémie, au moins pour ceux qui pourront se l’offrir. Quant aux autres…

Immunité sélective

Les vaccins ont permis de grandes avancées en limitant l’incidence des maladies contagieuses, comme la tuberculose, voire en les éradiquant, comme la variole. Pour bien des maladies, le procédé est si efficace que l’on ne s’en rend même plus compte : le nombre de victimes de la rougeole dans le monde a été ainsi divisé par 20 entre 1980 et 2015. Face au Covid, la vaccination pourrait permettre la fameuse immunité collective en limitant le nombre de malades et en évitant la saturation des hôpitaux.

Mais la vitesse avec laquelle les labos élaborent des vaccins contre le Covid n’est pas liée à leur utilité sociale, mais à leur soif de profits. Ils ne font pas preuve du même empressement dans la lutte contre le paludisme qui touche surtout les pays pauvres (400 000 morts chaque année) et contre lequel il n’existe à ce jour aucun vaccin malgré des recherches prometteuses.

Quand la Sécu assure (les profits)

Dans les pays les plus riches où ces labos jouent à domicile, pillant allégrement les finances des États, le Covid est déjà l’occasion d’opérations juteuses. Ainsi le groupe de biologie Inovie est aujourd’hui convoité par le fonds d’investissement Ardian. Les profits d’Inovie ont décollé grâce aux tests anti-covid, remboursés à 100 % par l’assurance maladie (quand on n’a pas à les payer soi-même). A 73 euros le test, ils assurent à Inovie une marge confortable.

Avec le vaccin les perspectives de profits sont si considérables que les places boursières ont bondi à l’annonce de Pfizer et BioNTech. Imaginez : une pandémie qui infecte des dizaines de millions de personnes, des États déjà prêts à payer (avec notre argent) rubis sur l’ongle les trusts pharmaceutiques, avant même que les scientifiques aient pu faire les vérifications !

À qui profite le soin ?

Sanofi a lancé la production de son propre vaccin avant même le début des essais de phase III, décisifs pour l’évaluation des risques. Ce richissime groupe a pourtant annoncé 1 700 licenciements en Europe, y compris en recherche et développement.

Certes, la recherche médicale progresse par l’émulation. Mais la concurrence n’est pas l’émulation, c’en est un frein de taille, puisque chaque labo cherche à garder ses résultats pour lui seul. S’il est possible de trouver un vaccin en à peine plus d’un an, à quels résultats seraient parvenus les chercheurs s’ils avaient eu la possibilité de partager librement leurs connaissances ? Et combien d’autres progrès aurait-on pu réaliser contre le Covid, notamment en soins palliatifs et dans le traitement des séquelles ?

Rien de rassurant non plus dans la course à laquelle se préparent les États les plus riches. Le gouvernement français a pré-réservé 90 millions de doses vaccinales pour le 1er semestre 2021 et provisionné 1,5 milliard d’euros. Mais même dans les pays riches, combien de gens ne pourront bénéficier du vaccin, faute de moyens ou de couverture sociale suffisante ? Surtout, combien d’États ne peuvent pas débourser la même somme ? Combien de pays où la population n’aura accès à aucun vaccin ? Les mêmes où, déjà, les équipements sanitaires sont presque inexistants.

La santé n’est pas une marchandise

Les progrès de la médecine peuvent à juste titre faire rêver. Faisons aussi le rêve d’un monde immunisé contre la course aux profits. Un monde débarrassé du capitalisme, où recherche scientifique et industrie pharmaceutique seraient sous la direction non plus des actionnaires, mais de la population.

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