Quand Carlo’s Gone…

Dans l’étincelle du 12 février 2019 :

Si Versailles m’était compté

La direction de Renault qui a soutenu son chef jusqu’au bout, se sent maintenant obligée de relever à son tour quelques fraudes. L’enquête interne a brusquement découvert que le mariage de Ghosn, organisé à grands frais en 2016 dans le Grand Trianon, l’avait été dans le cadre du mécénat liant le Palais de Versailles à Renault. Un abus de bien social chiffré à 50 000 euros. Une paille pour Ghosn, qui a annoncé, via son avocat qu’il allait rembourser la somme car il « avait cru que c’était gratuit » ! C’est vrai qu’à force de piquer dans la caisse, on finit par confondre la sienne et celle de l’entreprise.

La vie de château

Le 9 mars 2014, Ghosn a organisé une énorme fête pour son anniversaire au Chateau de Versailles, invitant ses amis personnels, avec repas préparé par Alain Ducasse, feu d’artifice, hallebardiers pour la sécurité et personnel en costume d’époque… La facture de 600 000 € a été réglée par RNBV, la caisse noire au cœur de tous les soupçons. Ghosn assure que c’était pour fêter les 15 ans de l’Alliance. Il avait 60 ans le 9 mars 2014, alors que l’Alliance a été créée un 27 mars. Mais il s’agirait d’une coïncidence…

Filiale à tout faire

C’est encore RNBV qui a servi à rémunérer très grassement Rachida Dati de 2009 à 2013. L’ex-ministre de la justice de Nicolas Sarkozy et eurodéputée, était aussi l’avocate de RNBV pour une « mission très large » selon son avocat. Et surtout très floue. Combien de « consultants extérieurs » ont travaillé pour RNBV ? Pour quelles missions ? RNBV déclare avoir déboursé 20 millions d’euros en 2015 pour des missions extérieures, et encore 12,4 millions d’euros en consultants et frais d’avocats en 2018. De l’argent puisé dans les comptes de Renault et de Nissan… et dans la poche de leurs salariés.

Dérapages non contrôlés

Dans une lettre datée du 19 janvier, les avocats de Renault se plaignent des « dérapages » de Nissan qui aurait « violé la loi » dans son enquête sur Ghosn, et de « la façon dont ont (été) traité quelques salariés de Renault » (sic). C’est sûr que si on avait compté sur la direction de Renault pour mettre un terme aux « dérapages » de Ghosn, on attendrait toujours.

Résident Directeur Général

Selon L’Express, Ghosn s’apprêtait à transférer sa résidence fiscale en Suisse, qu’il trouvait fiscalement plus intéressant que les Pays-Bas. Ras-le-bol du plat pays, vive la montagne ! Pour l’heure, il doit se contenter d’une résidence (surveillée) au Japon. Avec vue sur le mont Fuji depuis sa cellule ?

Dans l’étincelle du 29 janvier 2019 :

L’argent fait le Baueur

Médiapart a dévoilé que RNBV, le holding hollandais créé par Ghosn pour gérer l’Alliance, a largement financé Alain Bauer, un intermédiaire très connu entre les milieux d’affaires et la classe politique. Ses missions rémunérées 280 000 € par an par RNBV concernaient la « sécurité du groupe » et la mise en place d’un « dispositif éthique ». On a vu le résultat. En tout cas, l’éthique ça rapporte !

Ethique de langage

Depuis des années la direction nous abreuve de recommandations « éthiques », multiplient les formations sur le sujet, les chartres et les règlements concernant les relations avec les prestataires et les fournisseurs. Elle n’hésite pas non plus à sanctionner des salariés qui « optimisent » leurs frais de mission ou utilisent des voitures de fonction à des fins personnelles. En revanche côté direction, c’est l’opacité totale. Les affaires éclatent grâce à la presse. Les certifications de grands cabinets d’audit, la présence d’administrateurs salariés et la transparence affichée, c’est pour la galerie.

Impôt de départ

Après des semaines de suspense, Carlos Ghosn a fini par démissionner de la présidence de Renault. Se pose désormais la question de ses indemnités de départ qui pourraient s’élever jusqu’à 30 millions d’euros. Avec tout l’argent qu’il a déjà amassé, ce serait un comble. Un comité des rémunérations, où il compte toujours de très bons amis, doit déterminer la somme exacte avant le mois de juin. Et si Ghosn commençait plutôt à payer les impôts auxquels il a échappé en se résidant au Pays-Bas ?

The Vigilent

Ghosn doit avoir de quoi méditer sur l’amitié. À l’exception de la justice japonaise, tout le monde l’a lâché ! La palme de l’hypocrisie revient au ministre de l’économie Bruno Le Maire qui après avoir louangé sur tous les tons le patron de Renault et défendu sa « présomption d’innocence » a lui-même annoncé la démission de Ghosn, puis annoncé qu’il ferait preuve d’une « grande vigilance » au sujet du montant de ses indemnités de départ. Dommage qu’il n’ait pas appliqué cette vigilance quand Ghosn fraudait le fisc français.

Senard et la manière

Bruno Le Maire a fait activement campagne pour que ce soit Jean-Dominique Senard, l’actuel patron de Michelin, qui remplace Carlos Ghosn. La plupart des médias le présentent comme un « patron social », véritable « anti-Carlos Ghosn » qui prônerait le dialogue social et un « capitalisme apaisé ». En réalité, son CV a de quoi plaire aux actionnaires : suppression de 730 emplois sur le site de Joué-les-Tours en 2013, fermeture programmée de l’usine de Dundee (Écosse) en 2020, plan de départs volontaires de 970 personnes à Clermont-Ferrand, sans parler de son passé quand il « restructurait » Péchiney… Senard déclarait en février 2017 : « Ne demandez jamais à un chef d’entreprise s’il va fermer des usines parce que s’il vous répond “non, jamais”, c’est un mensonge ». Nous voilà prévenus.

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