Gilets jaunes et chiffons rouges

Il faut croire que c’est la panique pour que le gouvernement ait instauré samedi dernier un véritable état de siège dans plusieurs grandes villes. A Paris, il n’y a pas été de main morte pour décourager les Gilets jaunes de manifester : hélicoptères, blindés, stations de métro et de RER fermées… Mais surtout de nombreux barrages aux entrées de Paris, contrôlant l’arrivée des Gilets jaunes venus de régions et des fouilles au corps contre les murs pour ceux qui sortaient des grandes gares.

Dramatisation

Mais la pression mise sur les Gilets jaunes est aussi psychologique, avec des chaines de télévision en boucle sur la baisse des ventes des commerçants. Qu’on se rassure, ni Carrefour ni Le Printemps ne risquent de mettre la clé sous la porte. Et ce qui ruine les petits commerces, c’est bien plus la concurrence des grandes enseignes que quelques blocages de ronds-points. La colère des Gilets jaunes est légitime, disent-ils… à condition qu’elle ne trouble pas l’économie. Mais tant qu’elle ne gêne personne, le gouvernement n’en a cure.

Les bonnes oeuvres du patronat

D’un autre côté, Macron estime avoir suffisamment lâché de lest, notamment sur le SMIC. Mais cela ne coûtera rien au patronat, puisque c’est la Caisse d’Allocations Familiales qui paiera la hausse de la prime d’activité. Pas question de revenir à l’ISF. Et il n’a même pas évoqué le CICE, qui exonère de 20 milliards d’euros par an les grands patrons français et n’a créé aucun emploi. Pour calmer la colère, le grand patronat va lâcher ici ou là quelques primes exonérées d’impôts et de cotisations sociales. Mais pas touche aux salaires. Il s’en tire bien. Là où cette prime sera versée, les salariés pourront tout de même dire merci aux Gilets jaunes, qui par leur détermination ont obligé le gouvernement et le MEDEF à quelques reculs.

De la RICupération dans l’air

Mais revoilà tous ceux, de Mélenchon à Le Pen en passant par des représentants des Gilets jaunes, qui voudraient se servir de l’éteignoir électoral, en visant les prochaines élections ou en agitant le leurre d’un Referendum d’Initiative Citoyenne (RIC). De quoi illusionner certains Gilets jaunes, dont le mouvement est aussi politique et qui cherchent des solutions au mépris et au déni de démocratie qu’ils subissent quel que soit le gouvernement au pouvoir. Mais il y a un hic avec le RIC : celui-ci renvoie aux calendes grecques la réalisation de nombreuses revendications comme la hausse des salaires, des pensions et des minimas sociaux, ou la baisse de la TVA et des loyers. Et aucun referendum ne pourra transformer cet Etat au service du patronat et des plus riches, en un Etat au service des travailleurs et des plus pauvres. Pour cela, il n’y a que le rapport de force qui pourra l’imposer.

En attendant le RIC, la trique

Le gouvernement, quant à lui, par la voix d’Edouard Philippe, agite à son tour le chiffon rouge du référendum, en espérant y trouver une porte de sortie. Il promet « l’ouverture d’un débat sur le référendum d’initiative citoyenne », après avoir fait hypocritement son mea culpa : « Nous n’avons pas assez écouté les Français » ! Après la fausse augmentation du SMIC, voilà une fois de plus l’arnaque du bulletin de vote, via le référendum. Et dans le même temps, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, brandit la menace d’évacuer par la force cette semaine tous les ronds-points. La carotte d’un côté, le bâton de l’autre.

Mais ce n’est qu’un début…

Macron et le patronat espèrent s’en tirer à bon compte. Mais le mouvement des Gilets jaunes n’est pas fini. Les quelques miettes qui viennent d’être lâchées sont loin de répondre à l’injustice fiscale et sociale, et à l’absence de réelle démocratie. Les Gilets jaunes ont montré que le gouvernement et le patronat pouvaient reculer. C’est un premier acquis.

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